Mr Secrets interviewe un turfiste devenu professionnel

Rencontre avec Yoan, turfiste professionnel : « Je préfère un manque à gagner à une perte »

J'ai eu l'occasion de rencontrer Yoan (nom d'emprunt), un turfiste devenu professionnel, qui a accepté de répondre sans concessions à mes questions. Voici son parcours, sa méthode, et sa philosophie de jeu.

Un premier pari sans ambition

« La première fois que j'ai joué, c'est sur un hippodrome avec mon père, il y a environ 15 ou 20 ans », se souvient Yoan. « Nous étions là un dimanche, et quitte à y être, nous avons posé quelques paris. L'idée n'était certainement pas de faire fortune, mais de mettre un peu de piment en regardant les courses. »

Le déclic, pendant les études

Le vrai tournant arrive plus tard, à la faculté. Un ami de Yoan, dont la sœur habitait près de Vincennes, l'invite à passer un week-end sur l'hippodrome. « Il m'a expliqué les grands principes des courses et m'a donné des chevaux à jouer. À la fin de la journée, mon bilan n'était pas positif, mais il était neutre — ce qui est déjà une forme de victoire. »

C'est ce jour-là que Yoan commence à réfléchir sérieusement aux courses et aux façons de gagner. « Le parcours a été long et fastidieux, mais à force de travail et d'analyse, je suis parvenu à gagner de plus en plus souvent, et à perdre de moins en moins souvent. »

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Du chômage au métier

Pendant longtemps, Yoan gagne de l'argent aux courses tout en gardant son activité professionnelle. « Les courses me permettaient d'arrondir les fins de mois. » Le vrai basculement survient lorsque sa société traverse une restructuration, et qu'il se retrouve au chômage. « Je n'avais plus de travail, mais beaucoup de temps. Naturellement, j'ai consacré ce temps aux courses. »

Cette période a été décisive, car j'ai transformé mon amateurisme en véritable métier : en structurant mes jeux, en ne jouant plus les jeux qui présentaient une trop grande part d'inconnue, en prenant des notes, en créant des archives, des bases de données. En quelques semaines, je gagnais aux courses plus que mon allocation chômage. C'était le moment de passer à la vitesse supérieure — miser plus pour gagner plus, simplement.

Une méthode de sélection stricte

« Il n'y a pas de recette miracle », prévient Yoan. Son rituel : étudier le programme des courses la veille, et analyser chaque épreuve avec un œil critique. « D'une manière globale, sur 8 courses, je vais jouer 1 à 2 fois. Il est important de jouer peu de chevaux, car plus on joue, plus on risque de perdre. » Certaines courses sont systématiquement écartées : « Je ne joue jamais sur les courses à handicap dans le galop. »

Entre trot et galop, son cœur balance mais son jeu tranche : « Je joue le trot, car il y a beaucoup de suivi sur ces courses, mais j'aime beaucoup le galop, qui laisse plus de place aux qualités des chevaux. »

La question qui change tout : « est-ce que j'achèterais ce cheval ? »

Avant de valider un pronostic, Yoan se soumet à une liste de questions personnelles, destinées à vérifier que sa décision repose sur l'analyse, et non sur l'affect. « Lorsque j'ai un doute, ou que la réponse est mauvaise, je ne joue pas ce cheval. »

Je préfère ne pas jouer un cheval et le voir gagner, que de jouer un cheval pour lequel j'ai un doute, et le voir perdre. Dans le premier cas, j'ai un manque à gagner. Dans le second, j'ai une perte. La différence est énorme.

Parmi ses questions favorites : « Est-ce que j'achèterais ce cheval ? » Une façon simple de se rappeler qu'on n'achète jamais quelque chose qui risquerait de tout faire perdre.

Miser gros, sans jamais regarder la cote

Sur ses mises, Yoan ne cache rien : « Mes mises sont importantes pour le turfiste moyen, mais pour gagner de l'argent aux courses, à part sur les paris à combinaisons, il faut jouer gros. Je joue plusieurs centaines d'euros par cheval. »

Sa position sur les cotes est tout aussi tranchée : « Pas du tout, sauf quand je joue en ligne pour en tirer le meilleur profit — mais en aucun cas la cote n'entre dans mon processus de décision. Les cotes ne sont que le reflet du marché des paris, elles ne reflètent pas le potentiel réel des chevaux. »

Il joue tantôt directement sur les hippodromes, tantôt dans des points courses, tantôt en ligne lorsqu'il voyage. Sur le quinté : « Une combinaison tous les jours, mais c'est difficile. Je n'ai jamais touché plus qu'un quarté, ce qui n'est déjà pas si mal. »

Le seul conseil qu'il donne

Interrogé sur ce qu'il transmettrait à mes lecteurs, Yoan ne cherche pas de formule miracle : « Du travail, de la patience, de la persévérance. Ne pas avoir peur de se plonger dans la peau d'un analyste expert, et se remettre en question en permanence pour progresser et capitaliser sur son expérience. »

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